Friday, November 30, 2007

La Guerre d'Indochine

Voici la dernière des deux parties d'une vieille recherche que j'ai faite en 2006 sur la Guerre d'Indochine (1946-1954) lorsque j'étudiais au Collège Ahuntsic en sciences humaines. Pour lire la première partie de cette recherche, cliquez ici.

Analyses des enjeux

Comme nous le savons tous, l’Histoire nous donne aussi l’occasion d’apprendre aujourd’hui que tout pays comme la France qui manifestait ostensiblement sa puissance, colonisait des pays quelconques non pas uniquement pour obtenir du prestige sur la scène de la politique internationale, mais aussi pour défendre ces intérêts économiques en contrôlant les leviers politiques, économiques et culturels d’un pays soumis.

Ainsi, d'après Pierre Brocheux, «[l]’Indochine était une colonie d’exploitation et non de peuplement», ce qui veut dire que la France y voyait un potentiel économique dans cette colonie, à l’époque de la colonisation. De plus, Brocheux ajoute qu’à l’exception de l’Algérie, de toutes les colonies, l’Indochine reçut le plus d’investissement qui furent évalués à 6,7 milliards de francs-or en 1940.10

Le flux des investissements métropolitains convergea principalement vers les mines, les plantations d’hévéas, de thé et de café, ainsi que vers certaines industries de transformation : les textiles, les brasseries, les cigarettes, les distilleries, le ciment.11

En Indochine française, des Français riches sont derrières des investissements d’envergure. Ainsi, comme l'écrivait Hugues Tertrais dans l’ouvrage collectif Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois, 43% des investissements industriels et miniers sont principalement situés au Nord du Vietnam:

Charbonnages du Tonkin, qui extraient un bon anthracite en bordure de la baie de Ha Long, Cimenterie de Hai Phong, qui avait participé aux travaux de fortification du Tonkin, Cotonnière de Nam Dinh, exerçant plus difficilement son activité au sud (sic) de Hanoï… […] Les investissements en Indochine sont également importants – 34% de l’ensemble – dans les plantations d’hévéa, qui couvrent 100 000 hectares au Viêtnam Sud et […] au Cambodge.12

De plus, Tertrais ajoute que la culture d’hévéa indochinoise a non seulement alimenté les industries françaises du caoutchouc (surtout pour la compagnie Michelin qui a commencé à investir en 1925), mais elle s’est aussi développée depuis le début du 20e siècle. Par contre, la Deuxième Guerre Mondiale (1939-1945) a durement frappé l’industrie de l’hévéa. Ces remarques sur la situation économiques des investissements français portent à penser que la France fut très déterminée à garder ses colonies en Indochine, car elle voulait garder le contrôle sur les ressources naturelles des trois pays qui formaient l’Indochine française, c’est-à-dire le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Étant dans une position de domination économique, la colonisatrice européenne peut s’imposer sur le marché du caoutchouc par ses exportations et aussi de l’écoulement du caoutchouc en France qui lui permettaient presque de s’enrichir au su des pays colonisés à une époque où l’automobile occupait énormément de place dans la vie des Occidentaux.

En parlant toujours du caoutchouc et de la culture d’hévéa, Marianne Boucheret, une professeure d’histoire et de géographie au lycée Hector-Berlioz de Vincennes, écrivait que «le caoutchouc fait figure de symbole de la réussite coloniale».13 Non seulement les exportations étaient très grosses, mais la culture de l’hévéa rapportaient beaucoup de dividendes qui «témoignent des succès obtenus par l’hévéaculture dans la péninsule [indochinoise]». Boucheret ajoute aussi que le succès de la culture d’hévéa contribue à «l’arrivée massive de capitaux métropolitains en Indochine, attirés par des taux de profit élevé».

Pour nous permettre de comprendre jusqu’à quel point la France avait tellement besoin des revenus qui viennent de l’exportation du caoutchouc, Boucheret spécifie qu’en 1939, les exportations de caoutchouc en Indochine étaient huit fois plus élevées qu’elles ne l’étaient une quinzaine d’années auparavant. Par conséquent, ajoute cette femme, «cela représente plus du quart de la valeur des exportations totales de la péninsule, contre moins de 5% en 1924».

D'ailleurs, la demande des États-Unis en matière de caoutchouc fut très grande et en perdant l’Indochine, la France perdait une manne très enviable. C’est donc pour cela que par le biais de la Guerre d’Indochine, les Français tenaient tant à protéger leurs intérêts économiques au détriment de l’indépendance des peuples qu’ils colonisaient, comme vous le remarquerez en lisant le prochain paragraphe en retrait qui suit.

L’économie indochinoise était donc coloniale, au sens où elle produisait des matières premières et des denrées agricoles pour l’exportation. Mais celles-ci n’étaient pas exclusivement réservées à la métropole. La France n’a pas arraché l’Indochine à sa matrice extrême orientale : le Japon et la Chine demeurèrent les principaux acheteurs de charbon, et, la plupart du temps, le riz exporté prit le chemin de Hong Kong et de la Chine. Quant aux caoutchouc il était écoulé aux États-Unis.14

D'autre part, le Vietnam était une colonie qui rapportait beaucoup de dividendes aux Français, car il recelait du zinc, du charbon et aussi du tin. Aussi bizarre que cela puisse paraître le Vietnam, en raison de sa population, fournissait aux Français un très bon marché pour la vente de leurs produits manufacturiers. En effet, à partir de 1938, au moins 57% des exportations vietnamiennes étaient contrôlées par des compagnies françaises.15 En gros, si on se fie à ce que bien des historiens ont dit sur l’Indochine, la perte de cette colonie pour les Français signifiait non seulement la perte d’une source de revenus, mais aussi une perte de prestige international.

Pour aller un peu plus loin, on peut lire dans le livre Les mensonges de la Guerre d’Indochine, de Philippe Franchini, que pour la France, le rétablissement de la souveraineté française en passant par le cœur du Vietnam, c’est-à-dire le Tonkin, cette région septentrionale qui est connue comme étant le berceau du peuple vietnamien, avait une importance très capitale.

Aux yeux de la France, la restauration de sa souveraineté serait inachevée, voire désastreuse au regard des autres pays colonisés, et la « libération » de l’Indochine aurait un goût amer d’échec si elle ne concernait pas également le Tonkin et sa capitale Hanoi: le Tonkin, cœur et bastion historique de la nation viêt, que le Viêt-minh a rétabli en tant que tels, et Hanoi, la capitale de l’Indochine française.16

En ce qui concerne les idéologies, l’entrée du monde dans la Guerre Froide a aussi amené la décolonisation dans le monde entier et ce que Franchini a essayé de dire, c’est que pour rétablir la souveraineté française en Indochine, la France devait avant tout plonger dans le cœur du peuple vietnamien, c’est-à-dire dans le Nord, car si on comprend bien ce que Philippe Franchini a écrit, la «libération» de l’Indochine pourrait certainement donner un cri d’indépendance à d’autres pays colonisés qui était sous la botte d’un pays européen quelconque.

En plus, ce «goût amer d’échec», pourrait aussi signifier une perte de prestige international pour la France. Puisque les trois pays de la péninsule indochinoise furent transformés en États communistes, il est complètement inutile de dire que les Français furent présents en Indochine afin de combattre le communisme. Cet inquiétude face au communisme est pourtant très bien exprimée par Jean Chauvel, un représentant de la France à l’Organisation des Nations Unies (ONU), à un représentant américain.

Le temps devrait venir où les États-Unis et la Grande-Bretagne auraient à partager la charge de la France pour barrer la route du Sud au communisme, ou bien la France serait obligée de liquider ses engagements indochinois et d’abandonner l’Indochine à Moscou (capitale de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques).17

En s’aventurant en Indochine pour la dernière fois, les Français ont tenté de chasser le communisme. S’il atteignait le Vietnam, cela risquerait de contaminer, au sens de la métaphore, toute la péninsule indochinoise. De plus, pendant le déroulement de la Guerre d’Indochine, l’humanité était témoin de ce qui a divisé le monde entier en deux blocs idéologiques (capitalistes versus communistes): la Guerre Froide. Donc, tout en demeurant une guerre coloniale, la lutte entre les Français et le Viêt-Minh «est désormais intégrée dans la logique des blocs».18

Stratégies et tactiques

Tout d’abord, commençons par exposer les stratégies et les tactiques déployées par les Viêt-Minh. Lorsque la Guerre d’Indochine éclate en 1946, l’inégalité des forces entre le Corps Expéditionnaire français d’Extrême-Orient (CEFEO) et le Viêt-Minh est très flagrant. Le CEFEO avait à sa disposition du matériel militaire moderne alors que le groupe nationaliste qu’il affrontait ne bénéficiait pas nécessairement de grands moyens. Quoiqu’un fossé, en matière de forces militaires, pouvait être vu entre le Viêt-Minh et les troupes françaises, cela n’a néanmoins aucunement empêché la France d’être matée lors de la guerre révolutionnaire menée par le général Vo Nguyen Giap. Étant techniquement désavantagé, le Viêt-Minh ne pouvaient point s’offrir le luxe d’affronter les Français d’une manière traditionnelle en tout temps.

C’est pourquoi, d'après Dalloz, le Viêt-Minh jouait «la stratégie de l’espace – en s’étendant pour disperser l’effort de l’adversaire -, mais plus encore celle du temps.»19 En effet, en 1947, Truong Chinh, l’un des chefs du communisme vietnamien, conçoit la théorie de la guerre révolutionnaire dans un opuscule intitulé Nous vaincrons certainement de cette manière en trois points:

1) La lutte, essentiellement défensive, s’appuie sur la guérilla; 2) La guerre de mouvement vient s’ajouter à la guérilla; 3) Celle-ci se poursuit, mais le corps de bataille, qui a eu le temps de se constituer progressivement est assez puissant pour passer à la contre-offensive générale, et remporter la victoire sur les colonialistes et leurs «fantoches».20

Bien sûr, faire la guerre en guérilla pour le Viêt-Minh voulait dire qu’il ne fallait pas attaquer les troupes françaises de face, car dans un affrontement à découvert contre le CEFEO, les membres du Viêt-Minh étaient pleinement conscients qu’ils pourraient se faire écraser à plate couture.

Jusqu’en 1949, le Vietminh mène donc des actions de guérilla, dont [le général Vo Nguyen] Giap définit ainsi les principes : «Éviter l’ennemi quand il est fort, l’attaquer quand il est faible […]. Attaquer l’ennemi partout de sorte que, partout, il se trouve submergé par une mer d’hommes armés hostiles afin de miner son moral et d’user ses forces. […] Il est nécessaire de prendre l’anéantissement des forces vives de l’ennemi comme but principal du combat, et de ne jamais, pour la défense ou l’occupation d’un territoire, user les nôtres.»21

Selon Dalloz, afin de bien s’organiser d’un point de vue militaire, les têtes dirigeantes du Viêt-Minh, tels que Hô Chi Minh et Truong Chinh, se sont assurées qu’une structure militaire fut rapidement mise en place afin d’assurer le bon déroulement des activités de guérillas menées par ce groupe qui revendiquait l’indépendance totale du Vietnam.

Les structures militaires du Vietminh ont été rapidement mises en place. Elles reposent sur trois échelons : les milices populaires (au niveau du village) dont l’élite est versée dans les troupes régionales ; puis celles-ci, dont les meilleurs éléments passent dans les troupes régulières; vouées aux grandes opérations, ces dernières sont l’amorce de l’armée populaire du Vietnam. À tous les niveaux, un commissaire politique veille au respect de la ligne définie par le Vietminh.22

Pour le Viêt-Minh, la montagne couverte de forêts tropicales offrait «un cadre particulièrement adapté à la guérilla». Toutefois, contrairement à ce que nous pouvons penser sur le Vietnam (et sur l’Asie en général), ce pays n’est aucunement un pays homogène. En effet, dans la montagne couverte de forêts tropicales se trouvent des minorités ethniques qui ne soutenaient pas le combat d’indépendance du peuple vietnamien.

Pour obtenir leur collaboration, les membres du Viêt-Minh pouvaient parfois utiliser la persuasion, et même parfois la terreur, pour contrôler les villages habités par les minorités ethniques du Vietnam. Vers la fin du conflit indochinois, le Viêt-Minh tenait dans ses mains plus de 5000 villages sur 7000. De plus, Dalloz nous dit aussi que même dans les villes qui avaient l’air d’être bien contrôlées par les Français, la présence du Viêt-Minh lui donnait des occasions en or pour prélever l’impôt révolutionnaire. Bref, pour résumer la stratégie et les tactiques de combat du Viêt-Minh, nous pouvons dire que leur but consistait à être «partout et nulle part, se fond[re] dans la population, disparaît[re] subitement dans la nature, voire dans le sol.»

De toute évidence, pour s’assurer que les membres du Viêt-Minh ne se trouvaient point près d’eux, les Français «lèvent des supplétifs, installent des postes ici ou là pour encadrer la population et l’empêcher de tomber sous l’emprise vietminh.»22 Malgré cela, la présence française est plutôt molle et durant la nuit, les membres du Viêt-Minh font sentir leur présence.

Dalloz écrit qu’en général, les membres du Viêt-Minh sont au courant des mouvements des troupes françaises même avant que celles-ci décident de passer à l’action. Les membres du Viêt-Minh pouvaient prévoir sans aucune difficulté «les mouvements du corps expéditionnaire, tributaire de sa lourde logistique, [car il était] espionné par toute une population (celle du Vietnam).» Bref, pour connaître les conditions générales de la progression du conflit qui opposait les Français au Viêt-Minh, il suffisait de lire les journaux. Dalloz écrit que cela poussera un dirigeant du Viêt-Minh à dire que le corps expéditionnaire français est «aveugle» (il ne voit pas l’adversaire), «sourd» (il n’est pas renseigné) et «boiteux» (ses communications sont difficiles).

Dans ses mémoires sur la Guerre d’Indochine, le général Vo Nguyen Giap décrit ce duel entre les Français et le Viêt-Minh comme étant «une guerre sans front ni objectifs fixes, avec des vagues d’attaque imprévues, venant de directions jugées sans risque par l’ennemi» et il ajoute aussi que «la guérilla de mouvement dans notre résistance différait de beaucoup de la guerre de mouvement d’envergure des temps modernes.»

[…] nous avions remporté des succès éclatants […] à l’issue de combats nocturnes dans les zones montagneuses et boisées. En effet, ces dernières offraient des conditions propices à la progression de nos troupes qui cernaient l’ennemi (les troupes françaises) avant que celui-ci ne les repère et n’utilise ses armes. […] Durant plusieurs années sur les terrains découverts, nos hommes n’engageaient que de petits combats à condition de prendre l’ennemi par surprise rapidement pour aussitôt se replier. Il fallut attendre Diên Biên Phu pour assister au déploiement de grandes unités combattantes, durant des jours et des nuits, basé sur des points d’attaque et l’encerclement, un système d’abris et de
boyaux.23

Même si la Chine n’était pas présente dans les affrontements, nos doutes au sujet de son implication se confirment. En effet, beaucoup de membres du Viêt-Minh ont été formés dans l’art de la guérilla dans le Sud de la Chine.24 Bien sûr, revenir au Vietnam n’était point difficile pour les membres du Viêt-Minh, car la défaite française à Cao Bang (près de la frontière chinoise) en octobre 1950 leur a permis de contrôler cette zone.

Les Français ont tenté par tous les moyens de mater le mouvement nationaliste qui revendiquait l’indépendance totale du Vietnam en exerçant un effort de contre-guérilla qui se soldera par un échec. Yves Gras, un général qui était en service durant la guerre, avait écrit que pour «pacifier» la Cochinchine (le Sud du Vietnam), le général Valluy, le commandant en chef, avait configuré les troupes du général Nyo à près de 40% des forces du corps expéditionnaire: 23 de ses 69 bataillons d’infanterie, 9 groupes d’artillerie et 5 escadrons de cavalerie, soit 38 000 hommes, auxquels s’ajoutaient les 6000 hommes de la garde cochinchinoise et la totalité des partisans soit environ 10 000.25

Cependant, Gras indique que le général Nyo ne pouvait pas avoir une grande marge de manœuvre, car le pouvoir politique, c’est-à-dire les ordres, demeurait dans les mains du commissaire de la République française. Donc, le général Nyo n’avait aucune délégation. De prime abord, cela rendait les communications difficiles. Les agitations étaient beaucoup plus fortes dans la ville de Saigon, mais le général Nyo s’est fait imposer la zone ouest de la Cochinchine «pour des raisons surtout économiques, mais aussi de politique locale», car cette partie de la Cochinchine était la région des grands domaines rizicoles. Pour le général Nyo, il fallait à tout prix concentrer les troupes dans le centre de la Cochinchine, c’est-à-dire dans la ville de Saigon, car cette ville, selon Gras, était une des principales zones de refuges du Viêt-Minh et les habitants de la ville de Saigon était vraiment troublés par des actes de terrorisme que revendiquait le Viêt-Minh. Pour cet ancien général de l’armée française, la principale faiblesse des troupes françaises pouvait être décrite de cette manière:

La principale faiblesse des troupes françaises venait de leur dispersion. De nombreuses missions de sécurité détournaient la plupart d’entre elles de la «chasse à l’ennemi». Elles avaient à protéger, outre leurs propres bases, les axes de communication, les installations économiques, notamment les plantations d’hévéas, et la population des campagnes.26

L’auteur du livre Histoire de la Guerre d’Indochine précise davantage ses explications que ces stratégies et tactiques rendaient les hommes des troupes françaises immobiles. Donc, cela avantageait considérablement le Viêt-Minh en termes de forces mobiles, car il pouvait saisir l’occasion «de se concentrer au moment et à l’endroit où il le voulait.» Une autre chose importante à mentionner: la difficulté de la guerre, pour les Français, était accrue par l’impossibilité de distinguer un Vietnamien ordinaire d’un guérillero.

Finalement, la bataille de Diên Biên Phu a violemment mis un terme à la domination française sur l’Indochine. Selon Laurent Henninger, un chargé de mission au Centre d’études d’histoire de la défense de la France, l’installation de sept campements portant un nom de code (Huguette, Lilie, Claudine, Éliane, Dominique) permettait au corps expéditionnaire français de garder un contrôle sur «la route qui relie Hanoi au Laos et […] de saisir cette plaine coupée d’une rivière et entourée de collines formant comme un immense stade.»27 D’ailleurs, pour l’État-major français, Diên Biên Phu devait être utilisé comme un point de fixation pour attirer le Viêt-Minh, un adversaire insaisissable, dans une bataille rangée. Le 7 mai 1954, après deux mois de résistance acharnée, la base de Diên Biên Phu tombe. Les 11 000 soldats français capitulent devant les 50 000 hommes que le général Vo Nguyen Giap avait rassemblés autour de la «cuvette» qu’était Diên Biên Phu. Du même coup, ces soldats français avaient été «pilonnés par une artillerie puissante»28 d'origine chinoise que Giap voulait voir installée sur les montagnes de Diên Biên Phu afin de bombarder à sa guise les bases militaires françaises. D’ailleurs, selon Henninger, «nul ne pouvait prévoir que le général Giap concentrerait autant d’artillerie sur des collines aussi escarpées et recouvertes de jungle.»29 La France avait demandé à son allié, les États-Unis, d’autoriser une intervention aérienne pour sauver le camp retranché, mais le président Dwight Eisenhower, qui craignait une montée de violence, avait refusé. En plus, aussi étrange que cela puisse paraître, la conférence de Genève consacrée au règlement de la question indochinoise s’ouvra le lendemain de la chute de Diên Biên Phu.30

Conclusion générale

Pierre Mendès France, le Premier ministre de la République française, conclut la conférence de Genève le 21 juillet 1954 et ces accords, selon Dalloz, n’ont point donné «une issue définitive au problème vietnamien, mais permettent à la France de s’en dégager.»31 En vertu de ces accords, le Vietnam sera divisé en deux parties à partir du 17e parallèle: au Nord, la République démocratique du Vietnam (communiste), au Sud se trouvera un Vietnam pro-occidental. Par la suite, l’indépendance du Vietnam (divisé en deux parties), du Laos et du Cambodge est reconnue. Selon les accords de Genève, des élections devront être tenues dans les deux ans afin d’unifier le Vietnam. Toutefois, Dalloz dit qu’en refusant la tenue d’élections générales, le gouvernement sud-vietnamien déclenchera la Guerre du Vietnam, car il croyait que le communisme allait s’établir en Asie du Sud-Est. À partir de 1964, les États-Unis soutiendront massivement, d’un point de vue militaire, le gouvernement sud-vietnamien et cela plongera le Vietnam dans une autre guerre.

______________

10. [s.a]. «L’Indochine aux temps des Français», L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 28

11. Ibid., p. 28

12. Hugues Tertrais. «Les intérêts français en Indochine entre 1954 et 1975», dans Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois, sous la direction de Pierre Brocheux, Paris, Éditions complexe, 2000, p. 38-39

13. [s.a]. «L’Indochine aux temps des Français», L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 39

14. Ibid., p. 29

15. Spartacus. «Vietnam War Overview», (page consultée le 13 avril 2006)

16. Philippe Franchini. Les mensonges de la guerre d’Indochine, Paris, Perrin, 2005, p. 142

17. [s.a]. «L’Indochine aux temps des Français», L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 41

18. Ibid., p. 42

19. Ibid., p. 40

20. Ibid., p. 40

21. Ibid., p. 40

22. Ibid., p. 40

23. Vo Nguyen Giap. Mémoires - 1946-1954, tome 1 «La résistance encerclée», Paris, Éditions Anako, coll. «Grands Témoins», 2003, p. 197

24. [s.a]. «L’Indochine aux temps des Français», L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 41

25. Yves Gras. Histoire de la guerre d’Indochine, Saint-Amand-Montrond, Denoël, coll. «Destins croisés», 1992, p. 177

26. Ibid., p. 178

27. Laurent Henninger. «Dien Bien Phu: Qu’allaient-ils faire dans cette “cuvette”?», L'Histoire, no. 287, (mai 2004), p. 30

28. [s.a]. «L’Indochine aux temps des Français», L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 44

29. Laurent Henninger. Loc. Cit., p. 30

30. [s.a]. «L’Indochine aux temps des Français», L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 45

31. Ibid., p. 45

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