Wednesday, October 3, 2007

Quelques arpents de neige

Ceci est le deuxième d'une série de trois textes révisés (avec les notes de bas de page en moins) et enrichis d’une recherche que j'ai faite sur la Guerre de la Conquête (1756-1763) dans le cadre du cours d’Histoire du Québec et des Amériques lorsque j’étudiais en sciences humaines au Collège Ahuntsic en 2006.

Capitulation française:

Évidemment, puisque la bataille des Plaines d’Abraham a mené à la prise de Québec par les troupes de la Grande-Bretagne, le dernier événement aura comme effet de causer l’événement qui «a jeté le Canada par terre» (Frégault, 1955). En effet, comme l’avait écrit l’historien américain Francis Parkman, le 8 septembre 1760, le marquis de Vaudreuil, le dernier gouverneur général du Canada français, signe un document de capitulation après avoir déclaré forfait à Montréal devant les troupes du général Jeffery Amherst. Vaudreuil avait tenté de reprendre la ville de Québec lors de la bataille de Sainte-Foy, mais son initiative se soldera par un échec.

En raison de ce document, Parkman mentionne que «le Canada et toutes ses dépendances passaient à la couronne britannique» (Parkman, 1908:165). Après la chute du Canada, les Canadiens, qui furent naguère sous la gouverne de la France, deviendront des sujets britanniques «sous un nouveau drapeau» alors que «les officiers militaires français, ainsi que tous les soldats qui purent être rassemblés[,] les principaux fonctionnaires civils de la colonie» et les principaux membres de la noblesse canadienne retournèrent en France, car ils n’étaient point intéressés à servir George III, le roi de la Grande-Bretagne, selon Parkman.

Cela serait très facile de dire que tous les Canadiens (les descendants des colons français) auraient dû retourner en France. Or, bon nombre d’entre eux resteront au Canada, car leurs racines familiales étaient déjà profondément ancrées sur ce territoire, tout comme leurs biens qui s'y trouvaient. À l’époque de la Nouvelle-France, les enfants (nés canadiens) des colons français, ainsi que les générations futures de Canadiens, verront de plus en plus la France comme un pays étranger bien qu’un nationalisme canadien n’aie pas encore poussé ses premiers balbutiements. Par conséquent, ces gens-là, qui vont éventuellement être désignés par les Britanniques et les Anglo-Canadiens comme des «Canadiens français» au tournant du 19e siècle, ne retourneront pas en France, pour la simple et bonne raison qu’aucun d’entre eux n’a le souvenir, du moins dans leur conscience individuelle, d’avoir traversé l’Atlantique. De plus, avant la conquête britannique, bien des Canadiens désignaient le Canada (ou plutôt la Nouvelle-France) comme étant leurs pays, malgré son statut de colonie.

En revenant sur la bataille militaire, Parkman ajoute que la capacité des Britanniques à affirmer leur contrôle militaire progressivement à l’intérieur de ce qui représentait territorialement le Canada va changer «[d]’un trait de plume […] la moitié d’un continent». En apprenant la nouvelle concernant la défaite des Français, John Mullen, le pasteur de la Seconde Église de Lancaster, prédit que l’Amérique sera «ouverte à la colonisation britannique» (Parkman, 1908:170). Cela explique la raison pour laquelle le continent nord-américain sera culturellement anglo-saxon en grande partie. En jetant un regard sur le passé, il est possible de comprendre pourquoi le Québec, en tant que province canadienne à culture majoritairement francophone, est entouré par des provinces majoritairement anglophones en plus de partager une frontière avec les États-Unis.

En revenant sur le traité de capitulation, Frégault ne fait aucune mention de l’article 47 du traité de capitulation. Dans le premier tome du livre Mythes et réalités dans l’histoire du Québec, l’historien Marcel Trudel cite cet article du traité de capitulation qui stipule que «[l]es Nègres et panis des deux Sexes resteront en Leur qualité d’Esclaves en la possession des françois et des Canadiens à qui ils appartiennent.» De plus, selon l’article 47, il sera loisible aux vaincus (les Français et les Canadiens) « de les garder à leur Service dans la Colonie, ou de les Vendre.» Après avoir lu l’article 47 (écrit par nul autre que Vaudreuil) du traité de capitulation signé le 8 septembre 1760 à Montréal, le général Jeffery Amherst répondit : «Accordé, Excepté ceux (les esclaves) qui auront été faits Prisonniers» (Trudel, 2006:196).

Fin de la guerre en 1763:

Pour le Secrétaire d’État des Affaires étrangères de France Étienne François, mieux connu sous le nom de duc de Choiseul, il ne fallait pas se faire d’illusion : «Puisque nous ne savons comment faire la guerre, dit-il, faisons la paix.» Les Français et les Britanniques tenteront d’établir un dialogue diplomatique qui sera décrit de cette manière par l’historien Guy Frégault (1955:444):

À la fin de l’été de 1762, le duc de Bedford arrive à Paris dans un équipage éblouissant. Il appose sa signature aux préliminaires de la paix le 3 novembre. […] Entrée en guerre au nom de la «sécurité de ses colonies», l’Angleterre a gagné son point, puisque la cession du Canada délivre ces lointaines colonies provinces de tout danger.

De plus, Frégault indique plus tard que la France perdra une bonne partie de ses territoires en Amérique du Nord en raison de cette guerre qui avait deux facettes, c’est-à-dire que «l’une [était] maritime [et] l’autre coloniale» (1955:445).

En Amérique du Nord, les Anglais s’enrichissent du Canada, d’une partie de la Louisiane, des pêcheries de Terre-Neuve et de celles du golfe Saint-Laurent; la France ne conserve que l’île Saint-Pierre – à laquelle s’ajoutera Miquelon – trop petite pour être colonisée. L’auteur (le duc de Bedford) conclut : «Dans l’ensemble, le traité nous procure tous les avantages commerciaux que nous ayons jamais revendiqués et nous confirme dans la possession de tout le commerce dont nos ennemis ont cherché à nous dépouiller. Notre empire américain s’agrandit au delà (sic) de nos espérances les plus flatteuses»…

Donc, en gros, l’événement qui est représenté sur la gravure basée sur un croquis d’Hervey Smith, l’aide de camp du général Wolfe, va mener inévitablement mener à la défaite de la France et par le fait même, la prise du Canada par les troupes britanniques. Bref, nous pouvons dire qu’en vertu du traité de Paris conclu le 10 février 1763, les Français seront forcés de se retirer de la Nouvelle-France et de céder les commandes de cette colonie aux Britanniques.

Prochain texte: Les effets de la capitulation françaises

Dans la même série:
1. En routes vers les plaines d'Abraham



Bibliographie partielle:

FRÉGAULT, Guy. «La guerre de la conquête – 1754-1760», tome 9 de Histoire de la Nouvelle-France, Montréal, Fides, 1955, 514 p.

PARKMAN, Francis. La prise de Québec et ses conséquences, [s.e], Québec, 1908, 233 p.

TRUDEL, Marcel. «Quand les Québécois pratiquaient l’esclavage» dans Mythes et réalités dans l’histoire du Québec, Bibliothèque québécoise, Québec, 2006, p. 189-208

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