Friday, October 12, 2007

Pour ou contre la laïcité républicaine?

Ceci est un débat sur la légitimité des accommodements religieux et de la place de la religion dans la sphère publique au Canada entre une amie du collège et moi. Évidemment, chaque candidat de ce débat aura le droit d'avoir une réplique que je publierai bien entendu dans un billet subséquent. Alors, mesdames et messieurs, je vous souhaite un bon débat et sentez vous libre de commencer par le texte que vous voulez en cliquant sur l'un des liens internes ci-dessous.




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Les années 1960 n’ont malheureusement pas rendu le Canada laïc de par ses lois; c’est plutôt la majorité des gens qui ont un comportement laïc. Cela explique l’intrusion des religions dans les décisions de la Cour suprême canadienne. Simplement dit, voulez-vous une preuve plus éloquente qu’il n’existe aucune séparation entre notre État et les religions?

Eh bien, pourquoi le préambule de la Charte des droits et libertés stipule-t-il «que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit»? Que fait un crucifix et une bible au Parlement fédéral ainsi que dans des législatures provinciales? Trouvez-vous ça normal qu’on octroie des accommodements religieux?

Pour ma part, je pense viscéralement que le Canada a de bonnes raisons pour abolir définitivement la Loi sur le multiculturalisme, réformer la Constitution (ainsi que la Charte des droits et libertés) et institutionnaliser une laïcité républicaine comme celle de la France qui est définie par la Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État.

Avant de commencer, une simple question s’impose : que garantit la démocratie, de prime abord? C’est simple : l’égalité pour tous, bien entendu! A priori, les accommodements religieux semble très beaux, car ils donnent aux minorités religieuses le sentiment qu’elles sont égales à tous les autres citoyens.

Or, je tiens cette vérité pour évidente en elle-même : les accommodements religieux constituent une moquerie à l’égalitarisme dans une optique sémantique. Après tout, si les accommodements religieux protègent l’égalité, cela sous-entendrait qu’ils peuvent s’étendre à tous les citoyens. Or, ces traitements différenciés ne se limitent qu’aux minorités religieuses plus souvent qu'autrement. En revanche, dans d’autres situations, c’est la majorité chrétienne qui peut se faire accommoder en ce qui concerne le financement d’écoles à vocation religieuse dans certaines provinces.

Cela dit, nos magistrats ne veulent pas aller plus loin pour accommoder la majorité chrétienne et en plus, un athée (i.e. une personne qui n’a pas de religion) ne peut rien invoquer pour se faire accommoder! Autant dire que les accommodements religieux bafouent l’égalitarisme, car ce n’est pas tous les Canadiens qui ont eu une religion et ensuite, bon nombre d’entre nous ne pratiquons pas la bonne religion (dépendant des circonstances) pour que l’État nous fasse les yeux doux.

En gros, les accommodements religieux (dépendant des circonstances) favorisent certaines religions plus que d’autres dans la sphère publique et deuxièmement, ils excluent les athées, des gens qui n’ont aucune religion par définition. En d'autres mots, cela constitue une dérogation flagrante au principe de la neutralité étatique et «une prime en faveur des confessions ainsi reconnues» comme l'avait écrit le député Francis de Pressensé dans sa proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale française le 7 avril 1903.

Sachant très bien que les religions sont là pour rester, je vous dis en toute honnêteté que je ne suis pas un jacobin qui vise à imposer l’athéisme ou à «faire la guerre» aux «Autres» en prônant une assimilation systématique sur la pointe d’un fusil. Pour reprendre les mots de l’historien français Alphonse Aulard (1840-1928), je crains «que ce sera bientôt [les religions] maîtresse[s] dans l’État esclave.»

Incroyable mais vrai, les accommodements religieux sont cautionnés par nos parlementaires ainsi que nos instances judiciaires. Si les Américains ont dit «no taxation without representation» pour obtenir leur indépendance face aux Anglais, moi je dit:«Aucun droit de légiférer sans aucune garantie d'uniformité judiciaire.» Conséquemment, tous les citoyens, quelle que soit la couleur de leur peau, leur religion et leur appartenance ethnique, doivent pouvoir se reconnaître à l'unisson dans toutes les décisions prises par le Parlement et nos instances judiciaires.

Évidemment, d'autres diront que la France ne reconnaît pas le droit de pratiquer une religion. N'importe quoi! D'après l'article 1 de la Loi de 1905 (comme le disent les Français), même si l'État français ne reconnaît et ne subventionne aucune communauté religieuse, «elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.» En plus, l'article 28 de cette loi prétendument raciste, aux dires de certains démagogues en faveur du multiculturalisme, stipule clairement qu'il «est interdit [...] d'élever ou d'apposer [un] signe ou [un] emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions.»

Finalement, même si je suis un athée qui croit que le concept de religion est la meilleure farce de tous les temps, je reconnais tout de même à mes compatriotes le droit d'adhérer à une confession à certaines conditions. Évidemment, comme l'ont exprimé beaucoup de républicains français au début du siècle précédent, je veux tout simplement que la religion reste à l'intérieur de ses limites territoriales, car même si elle est une affaire de conscience, elle demeure par-dessus tout une affaire privée.

Anh Khoi


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Ces temps-ci, il est bien difficile de feuilleter le journal sans tomber sur un article traitant des accommodements raisonnables, ou sur d’autres sujets y étant étroitement liés. Alors, je m’excuse à l’avance de vous en imposer un de plus mais, à la lecture de l’article « Au fond du baril » parue dans l’édition de La Presse du mercredi 26 septembre, j’ai éprouvé l’envie insatiable de crier mon désarroi.

Interdire à qui que ce soit de bricoler l’Oratoire Saint-Joseph est scandaleux (de même qu’interdire de bricoler n’importe quel bâtiment religieux sous prétexte qu’il est justement religieux! L’art étant forme d’expression; bon d’accord, c’est un bricolage de CPE… mais si on suit la logique, faut-il en conclure qu’il est même interdit d’en parler?). Franchement, de quoi a-t-on peur? Ce qui me fâche le plus dans cette question, c’est que l’intolérance naît de situations comme celle-ci.

Les gens en ont leur casque des accommodements déraisonnables, de l’hyperlaïcisation de nos lieux publics (ou plutôt de l’envoi de messages contradictoires en interdisant les constructions à caractère religieux, mais en permettant le voile aux institutrices, pour reprendre l’exemple de l’article) et autres niaiseries de ce genre. Ils en ont marre parce que cette institutrice est, et c’est peu dire, COMPLÈTEMENT À CÔTÉ DE LA TRAQUE! D’ailleurs, et c’est pourquoi je réagis, le gouvernement du Québec a choisi une approche tout à fait contraire à celle de cette travailleuse des centres de la petite enfance vis-à-vis le multiculturalisme, approche à mes yeux plus que positive. On peut lire dans son site Internet, que je vous conseil de consulter: «Les écoles québécoises offriront, à compter de 2008, un programme d’éthique et de culture religieuse aux élèves du primaire et du secondaire. Il remplacera les programmes d’enseignement religieux catholique et protestant et celui d’enseignement moral, jusqu’ici dispensés dans nos écoles.»

Voilà une façon intelligente de traiter du sujet. Démystifier les religions, parce qu’on ne trouvera aucune solution en s’en coupant, en se bouchant la bouche, les yeux et les oreilles puisqu’elles sont bien là (les religions) et pour y rester. Trouver un terrain de conversation neutre où l’on peut, à l’aide de la connaissance de l’autre, échanger nos points de vue. Enfin, comme c’est là tout l’avantage du multiculturalisme, s’en servir pour trouver les réponses aux questions éthiques que nous nous posons et qui nous interpellent. Finalement, en agissant comme l’a fait cette institutrice (une attitude qui, je persiste et signe, est bien loin de la réalité qui nous attend), on fait la guerre aux religions (toutes, incluant la nôtre), aux cultures, aux «autres», mais surtout à nous-mêmes en nous privant du meilleure et en ne gardant que le pire.

Émilie


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