Thursday, October 4, 2007

La conquête du Canada

Ceci est le dernier d'une série de trois textes révisés (avec les notes de bas de page en moins) et enrichis d’une recherche que j'ai faite sur la Guerre de la Conquête (1756-1763) dans le cadre du cours d’Histoire du Québec et des Amériques lorsque j’étudiais en sciences humaines au Collège Ahuntsic en 2006.

Conséquence de la conquête du Canada

Durant la Guerre de Sept Ans, «le gouvernement français, le 28 décembre 1758, avait prévu ce qui arriverait aux Canadiens en cas de défaite : ils subiraient les lois du vainqueurs» (Frégault, 1955:453). Par conséquent, cela veut dire que les Canadiens, qui fut jadis sous la tutelle coloniale des Français, passe sous celle des Britanniques. S’ajoute aussi à ce changement de régime une obligation de vivre de la même manière que les Britanniques. Quinze ans après la capitulation du marquis de Vaudreuil à Montréal, «le chef spirituel des Canadiens, Mgr Briand, écrit à un de ses administrés» pour expliquer cette transformation somme toute légère qu’ont subit les Canadiens après la conquête du Canada par les Britanniques:

On dit de moi, comme on dit de vous, que je suis anglais (sic)… Je suis Anglais, en effet; vous devez l’être; ils (les Canadiens) le doivent être eux aussi, puisqu’ils en ont fait le serment, et que toutes les lois naturelles, divines et humaines le leur commandent. Mais ni moi, ni vous, ni eux ne doivent (sic) être de la religion anglaise. Voilà les pauvres gens, ce qu’ils n’entendent pas; ils sont sous la domination anglaise, pour le civil. (Frégault, 1955:455)

Ce que Mgr Briand voulait dire lorsqu’il disait que les Canadiens ne devaient pas adopter «la religion anglaise», c’est qu’il exhortait ceux-ci à ne pas laisser s’en aller à vau-l’eau l’héritage culturel et linguistique de leurs ancêtres venus de la France. S'ajoutait aussi aux observations de Mgr Briand, une menace potentielle d’assimilation due à la présence britannique au Canada. Dans un cadre de vie qui est carrément déterminé principalement par des lois, une réalité et des institutions politiques britanniques, Frégault indique que «leurs générations (celles des Canadiens) se succèdent désormais dans un empire, dans un continent et dans un État britannique» qui sont dominés par la langue anglaise.

Conclusion

Comme l’avait remarqué Benjamin Franklin, un nationaliste américain opposé à la tutelle coloniale britannique, les Canadiens forment un groupe humain «brisé en tant que peuple» (Frégault, 1955:458). Si nous nous transportons de la Guerre de Sept Ans jusqu’à nos jours, nous remarquerons que les Canadiens descendants des Britanniques et des Français ont cohabité ensemble avec une certaine difficulté, certes.

Dans son roman Maria Chapdelaine publié en 1916, Louis Hémon décrivait les Québécois français, des gens qui ont «marqué un plan du continent nouveau, de Gaspé à Montréal, de Saint-Jean-d’Iberville à l’Ungava», comme étant «une race qui ne sait pas mourir» (bonjour, le nationalisme ethnique!). D’ailleurs, il ajoute ceci:

C’est pourquoi il faut rester dans la province où nos pères (les colons français) sont restés, et vivre comme ils ont vécu, pour obéir au commandement inexprimé qui s’est formé dans leurs cœurs, qui a passé dans les nôtres et que nous devrons transmettre à notre tour de nombreux enfants: Au pays de Québec rien ne doit mourir et rien ne doit changer…

En partant de la description d’Hémon, si la Guerre de Sept Ans est considérée comme étant une plaie dans la conscience de cette «race qui ne sait pas mourir», est-ce que cela veut dire qu’une sécession avec le Canada mettra un baume sur cette plaie du passé de ce peuple «brisé»? Conséquemment, bien des Québécois croiraient que le baume qui serait appliqué sur cette plaie historique, en l’occurrence de la Guerre de Sept Ans, peut se définir soit par une sécession qui permettrait au Québec de connaître une heure cathartique en ayant son siège «dans le concert des nations» (dixit Bernard Landry) ou bien par une réconciliation entre les Anglophones et les Francophones. En fin de compte, au fur et à mesure que le temps passe, espérons qu'un jour, nos enfants pourront réellement assister à une réconciliation entre les deux solitudes.

Dans la même série:
1. Vers les plaines d'Abraham



Bibliographie complète:
CASGRAIN, Henri-Raymond. Montcalm et Lévis, tome 1 de «Guerre du Canada – 1756-1760», L.-J. Demers & Frère, Québec, 1891, 564 p.

CONNELL, Brian. The Plains of Abraham, Hodder and Stoughton, Londres, 1959, 288 p.

FRÉGAULT, Guy. «La guerre de la conquête – 1754-1760», tome 9 de Histoire de la Nouvelle-France, Montréal, Fides, 1955, 514 p.

HÉBERT, Jean-Claude. Le siège de Québec en 1759, Ministère des Affaires culturelles du Québec, Québec, 1972, 131 p.

LAPIERRE, Laurier Lucien. 1759 – The Battle for Canada, McClelland & Stewart, Toronto, 1990, 305 p.

MOORE, Christopher. «Colonization and Conflict : New France and its Rivals – 1600-1760» dans The Illustrated History of Canada, Toronto, Key Porter Books, 2002, p. 96-180

PARKMAN, Francis. La prise de Québec et ses conséquences, [s.e], Québec, 1908, 233 p.

TRUDEL, Marcel. «Quand les Québécois pratiquaient l’esclavage» dans Mythes et réalités dans l’histoire du Québec, Bibliothèque québécoise, Québec, 2006, p. 189-208

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