Monday, September 24, 2007

Esclavage et capitalisme américain

Résumé du chapitre Le Sud esclavagiste: une interprétation dans l'essai Économie politique de l'esclavage, d'Eugene Genovese.

Aux États-Unis, l’esclavage s’est pratiqué de 1619 à 1865. Toutefois, en parlant des différences régionales, l'historien américain Eugene Genovese explique que pendant le 19e siècle, si le Nord des États-Unis s’est bâti dans l’industrialisation, le Sud fut fondé sur l’esclavage.


De prime abord, Genovese explique que d'après une école de pensée, l’esclavagisme sudiste américain a des traits capitalistes. Les activités de plantation nécessitent des dépenses de capitaux. Deuxièmement, contrairement à des sociétés esclavagistes «primitives», des institutions telles que la banque, le crédit et la finance sont présentes dans le Sud des États-Unis. Évidemment, les activités des planteurs engendraient une accumulation de capitaux, bien que trop faible, et la production fut destinée à la vente. Là s’arrêtent les comparaisons entre le Nord et le Sud. Effectivement, Genovese ajoute que si l’économie sudiste était réellement capitaliste, son agriculture et son système de plantation seraient des champs d’activité économique parmi tant d’autres. Or, en raison de l’esclavage, le Sud fut pris dans le système de plantation et son économie dépendait de l’agriculture.


À bien y penser, le Sud des États-Unis ne possède pas les traits capitalistes du Nord. Non seulement il n’y avait pratiquement pas d’usines permettant la production de biens. Par contre, une petite nuance s’impose : beaucoup d’usines présentes furent des succursales de compagnies originaires du Nord. De plus, pour la classe dominante sudiste, l’accumulation de biens, d’esclaves et de terres était perçue comme une source de prestige. Puisque les élites sudistes aimaient dépenser leur fric sur des biens, le Sud des États-Unis perdait ses capitaux par l’importation de biens venant du Nord et de la Grande-Bretagne. Cela revient à dire que le Sud avait développé une dépendance économique.

Contrairement aux riches du Sud qui avaient une mentalité d’aristocrate, ceux du Nord accumulaient du capital afin de le réinvestir surtout dans le développement de leur commerce. D’ailleurs, beaucoup d’observateurs ont dit que les gens du Nord étaient animés d’un désir de se faire de l’argent. Cela montrait qu’il y avait un écart entre les mentalités nordistes et sudistes. En effet, les sudistes honoraient le travail, mais se contrefichaient du gain financier.

Du côté économique, le Nord dépassait de plus en plus le Sud. Cet écart n’était pas rien qu’en termes de population. En effet, pour expliquer le retard du Sud par rapport au Nord, l’un des problèmes de l’esclavagisme résidait dans le fait que les propriétaires utilisaient uniquement une main d’œuvre dite «servile». Conséquemment, cela n’attirait pas beaucoup les travailleurs salariés blancs dans le Sud.

De plus, les propriétaires sudistes furent non seulement contre l’industrialisation, mais ils craignaient aussi l’apparition d’une classe ouvrière blanche et d’une bourgeoisie urbaine. Cela dit, si on tient compte de la manière comment ils regardaient les Noirs et les autres membres de la société, les propriétaires sudistes ne voulaient pas d’obstacles à leur domination politique. Qui plus est, ceux-ci semblaient ne pas trop apprécier la concurrence, car ils ne voulaient pas qu’un réseau de transport, grâce à l’investissement de fonds publics, ouvre l’accès aux agriculteurs de l’arrière-pays. Ce désir de se voir comme des maîtres empêchait indubitablement l’expansion d’un marché intérieur dans le Sud et enfermait les gens du Sud dans une économie de subsistance. Cette arriération économique était aussi due à une concentration de la richesse et des terres. S’ajoutait aussi aux problèmes précédemment énumérés la haine de la ville chez les Sudistes qui entravera la création de centres urbains.

Dans une perspective générale, si l’esclavagisme a fait la joie des planteurs du Sud, il n’en demeure pas moins qu’il leur causera des problèmes. En effet, quoique le Sud des États-Unis s’enfonçait déjà de fil en aiguille dans la stagnation à l’époque de l’esclavage, il n’en demeure pas moins que son élite animée par une mentalité aristocratique va afficher sans vergogne son conservatisme. D’ailleurs, cet état d’esprit borné de la part des élites sudistes les rendra témoins de la progression économique du Nord des États-Unis qui désavouait l’esclavage. En quelques mots, le clivage qu’il y avait entre le Nord et le Sud n’était pas uniquement de nature économique, mais aussi idéologique si on tient en considération le fait que bon nombre d’États du Nord des États-Unis avaient aboli l’esclavage dès la fin du 18e siècle.

Notice bibliographique du texte: GENOVESE, Eugene. «Le Sud esclavagiste: une interprétation» in Économie politique de l'esclavage, Paris, Maspéro, 1967, p. 23 à 45

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