Tuesday, September 4, 2007

Céline Hervieux-Payette et le galvaudage

Dans l’édition du 4 septembre de La Presse, la chef de l’opposition libérale au Sénat, Céline Hervieux-Payette, lançait une chape de plomb sur Bernard Landry. Pour celui-ci, le Québec n’est ni multiculturel ni bilingue. Si l’ancien Premier ministre du Québec a lancé des paroles qui manque de profondeur, Mme Hervieux-Payette, elle, elle a galvaudé le terme «multiculturalisme».

L’ancienne ministre d’État à la Jeunesse a soutenu, avec des statistiques à l’appui, qu’une «promenade dans les rues de Montréal, une randonnée dans les petites villes, voisinages et quartiers des quatre coins du Québec aurait tôt fait de […] convaincre [Bernard Landry] que le multiculturalisme est un fait incontournable au Québec en 2007.» Le multiculturalisme et la diversité ethnique sont deux choses différentes.

Le multiculturalisme, en tant que doctrine, n’a absolument rien à voir avec l’immigration dans une optique politique. En effet, dans l’alinéa a) du paragraphe 3(1) de la Loi sur le multiculturalisme, on peut y lire que tous les groupes ethniques, avec l’appui du gouvernement fédéral, ont le droit «de maintenir, de valoriser et de partager leur patrimoine culturel.» De plus, cette loi adoptée par le Canada en 1971 est sous la juridiction du ministère du Patrimoine et non sous celle du ministère de l’Immigration.

Cela dit, en associant le multiculturalisme à l’immigration, Céline Hervieux-Payette dit des billevesées qui empêche toute critique du multiculturalisme. De toute évidence, s’opposer à la politique du multiculturalisme est mon droit.

Conséquemment, une question mérite sans l’ombre d’un doute d’être posée à cette sénatrice : En devenant le premier pays à adopter une politique de multiculturalisme en 1971, le Canada est-il devenu le premier pays occidental (voire même le premier au monde) à accueillir l’immigration internationale? La réponse est évidemment non.

Si on suit le raisonnement de Céline Hervieux-Payette, on croirait que des pays comme les États-Unis, la France ou les Pays-Bas, par exemple, n’ont toujours pas tendu l’oreille à la question de l’immigration internationale. Incroyable mais vrai, le Canada, malgré ses politiques discriminatoires envers les non-blancs, commençait déjà à accueillir des immigrants internationaux (principalement des Européens) depuis le 19e siècle et ce, sans aucune politique de multiculturalisme!

Pour reprendre les statistiques citées par Céline Hervieux-Payette concernant la diversité au Québec, si 20,4% des Québécois se disent d’une descendance autre que franco-québécoise, anglo-saxonne ou amérindienne, ce n'est pas dû au fait que le multiculturalisme est un phénomène si patent en 2007; c’est plutôt dû au fait qu’il a une politique d’accueil de l’immigration internationale. Point à la ligne.

Aux yeux de Mme Hervieux-Payette, le discours péquiste paraît «usé, dépassé et déconnecté du Québec moderne». Que grand bien lui fasse de s’attacher à cette conviction! Pour ma part, je pense que le discours de certains membres du PLC, qui consiste à associer le multiculturalisme à l’immigration, est éculé. Deuxièmement, ce discours ne tient aucunement compte de la diversité des opinions dans tout le Canada ainsi qu’à l’intérieur même du cercle des fédéralistes. En effet, être en faveur de l’immigration internationale et opposé à la Loi sur le multiculturalisme ne sont pas deux prises de position contradictoires comme veut le croire Céline Hervieux-Payette.

Anh Khoi DO
Étudiant au baccalauréat en Histoire à l'Université de Montréal

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