Friday, February 2, 2007

L'intégration des ethnies minoritaires

Voici le deuxième d’une série de quatre éditoriaux traitant de l’enquête menée par la firme de sondage Léger Marketing lors du temps des fêtes au sujet du racisme au Québec. Après avoir parlé du nationalisme ethnique chez bon nombre de francophones et anglophones au Canada dans l’éditorial La réciprocité interethnique, je traiterai d’un sujet tabou relégué aux oubliettes par les médias : le racisme et la xénophobie chez les ethnies minoritaires.

Un survol progressif du sujet du débat est nécessaire afin d’arriver vers le racisme et de la xénophobie chez les ethnies minoritaires.

Étant l’antithèse du concept de creuset culturel (melting pot), la politique du multiculturalisme encourage les ethnies minoritaires à garder leur culture ancestrale et l’exprimer dans la sphère publique afin « d’enrichir l’identité nationale du Canada ».

Or, incite-t-on réellement l’intégration des ethnies minoritaires, en faisant croire que toutes les cultures minoritaires et les deux cultures dominantes (anglophones et francophones) forment, d’une manière égale, l’identité nationale canadienne? Non. J’imagine qu’un flot de pourpre montera au visage de Julius Grey si jamais il ose lire les prochains paragraphes de cet éditorial…

À force d’être encouragés d’exprimer les différences dans la sphère publique, bon nombre de Néo-Canadiens en viennent à voir la véritable culture d'accueil comme une culture étrangère (ou comme une culture inférieure à la leur). De plus, cette perception de la part des minorités ethniques peut aussi se métamorphoser très rapidement en une conviction catégoriquement sotte selon laquelle la vraie culture canadienne est une culture « appartenant uniquement aux blancs francophones et anglophones ».

Dans l’éditorial précédent, je soutenais que le vrai problème au Québec (et par extension au Canada) est la banalisation du nationalisme ethnique chez bon nombre de francophones et anglophones (ceci n’est pas une généralisation) au moment présent. Bien sûr, certains Néo-Canadiens sont tellement accoutumés de se faire dire par beaucoup de francophones et anglophones qu’ils ne sont pas des Canadiens (ou des Québécois) et cela explique leur difficulté de s’intégrer dans notre société.

Toutefois, cette difficulté d’intégration est accrue davantage chez les minorités visibles selon une étude conjointement réalisée par Jeffrey Reitz, un sociologue de l’Université de Toronto, et la doctorante Rupa Banerjee. Pour résumer la thèse des deux sociologues, la journaliste du Globe and Mail Marina Jiménez écrivait que « l’intégration [des minorités visibles] est entravée par un sentiment de discrimination et de vulnérabilité » pouvant être défini par un malaise qui se manifeste dans la vie en société « en raison de l’identité raciale et la crainte d’être victime d’une attaque [verbale à connotation] raciale. »1

Les minorités dites « visibles » voient le nationalisme ethnique comme étant une chose normale. Pourquoi en est-il ainsi? Ces gens-là (ex : Noirs, Asiatiques, etc.) ont des racines dans des pays tous définis par 1) le nationalisme ethnique et parfois 2) le racisme (les pays est-asiatiques, en particulier). Incroyable mais vrai, la majorité des Canadiens issus des minorités visibles pensent que la culture d’un pays quelconque appartient à un groupe ethnique spécifique (dans le cas du Canada, il est sûrement question des deux peuples fondateurs, selon l’optique arriérée de plusieurs membres des minorités visibles).

Puisque les problèmes d’intégration ne datent pas nécessairement des années 1990, période pendant laquelle le gouvernement canadien commençait progressivement à ouvrir la porte aux « accommodements raisonnables », les immigrants ont toujours eu de la difficulté à s’intégrer au Canada. Dans Le Canada : une nation américaine?, l’historien canadien Allan Smith mentionne que dès le 19e siècle, le Canada, nonobstant sa dualité culturelle, n’a jamais su intégrer ses minorités ethniques et cimenter ses citoyens autour d’un ensemble de valeurs communes et d’un mode vie unique comme c’est le cas aux États-Unis qui s’étaient dotés du fameux « Credo Américain » (American Creed) prônant (sans être écrit quelque part) en particulier un respect sans bornes de la démocratie, la liberté, la loyauté envers les États-Unis, le respect du droit à la propriété privée ainsi que le respect du libéralisme économique (l’ancêtre du capitalisme) hérité de la pensée anglaise:

[Les immigrants] débarquant en Amérique du Nord britannique (Canada) après leur traversée de l’Atlantique ne trouvèrent, à leur arrivée, aucun ensemble de valeurs particulier ni mode de vie unique qu’ils devraient adopter, rien en faveur de quoi il leur faudrait se départir du bagage culturel qu’ils amenaient avec eux. Ils (les immigrants en général) étaient perçus par [les anglophones et les francophones] comme les représentants de cultures particulières de l’Ancien Monde et non comme des individus qui devaient d’abord et avant tout embrasser une toute nouvelle façon de vivre.2

Étant profondément enracinés dans la mentalité de beaucoup d’anglophones et de francophones, ces comportements de négligence idéologique datant du 19e siècle ont des répercussions sur le Canada d’aujourd’hui. L’immigration massive de musulmans, d’Hindous et Sikh est une chose très récente. Évidemment, cela explique le choc culturel auquel nous assistons lorsque les cas de « concessions déraisonnables » (Richard Martineau), tous aussi saugrenus les uns et les autres, nourrissent les manchettes.

En effet, les francophones et les anglophones ont toujours gardé en eux, sans même s’en rendre compte, leur réflexe transmis subtilement par leurs ancêtres. En revanche, on remarque de plus en plus une volonté de la part des descendants des deux peuples fondateurs de vouloir soumettre les ethnies minoritaires aux « valeurs communes » (Mario Dumont). Toutefois, nul ne peut dire si la mentalité de nationalisme ethnique a été évacuée de la mentalité collective de tous les francophones et les anglophones.

La politique du multiculturalisme cause-t-elle l’enclavement psychologique de beaucoup de membres des ethnies minoritaires? Indubitablement. En restant dans leur ghetto psychologique, bien des membres des ethnies minoritaires finissent par se voir comme des étrangers au Canada. Dans certains cas, s’ajoute à ce sentiment d’aliénation un dédain ou une ignorance crasse envers la culture du pays d’accueil. En effet, étant encouragés à exprimer leur différence, bien des gens des ethnies minoritaires gardent leur allégeance envers le pays de leurs ancêtres, mais dans certains cas, un racisme anti-Canadien (et anti-Québécois) peut se développer.

Des gens des ethnies minoritaires, après leur arrivée au Canada, peuvent potentiellement s’accrocher à la conviction que le Canada n’a aucune culture en raison de… la colonisation française et britannique, paraît-il. De plus, certains Néo-Canadiens pensant que leur pays d’accueil n’a pas de culture croient qu’ils sont investis d’une mission : apporter leur culture pour « enrichir » leur pays d’accueil qui est, selon leur opinion, « culturellement vide ». Ceci étant dit, certaines personnes issues des ethnies minoritaires, en raison de leur complexe de supériorité culturelle et raciale, expriment parfois en privé un sentiment frôlant le colonialisme à l’égard des francophones et des anglophones sans oublier le racisme que certaines ethnies minoritaires ont entre elles.

Beaucoup de Néo-Canadiens constatent de plus en plus un réveil idéologique chez l’ensemble des francophones et des anglophones tant attendu par plusieurs nationalistes canadiens et séparatistes québécois issus des minorités ethniques (ceux qui sont bien intégrés) en raison de l’élasticité démesurée des « accommodements raisonnables ». Par contre, un réveil idéologique est-il suffisant? Non. Les francophones et les anglophones, conjointement avec les membres bien intégrés des minorités ethniques, doivent s’opposer une fois pour toute à la Loi sur le multiculturalisme. À mon avis, ce débat stérile au sujet des « accommodements raisonnables » renforce de plus en plus la légitimité du besoin de procéder à une intégration menant à une « assimilation comportementale » (Allan Smith) des ethnies minoritaires dans la société canadienne autour d’un credo politique et idéologique (qui pourrait différer de celui des Américains) que nul ne peut remettre en question.

Prochain éditorial : le nationalisme canadien et québécois.

Dans la même série éditoriale:
1. La réciprocité interethnique

Notes de bas de page:
1. Marina Jiménez. « How Canadian are you? - Visible-minority immigrants and their children identify less and less with the country, report says », The Globe and Mail, Toronto, January 12, 2007, p. A1

2. Allan Smith. Le Canada: une nation américaine? - Réflexions sur le continentalisme, l'identité et la mentalité canadienne; Les Presses de l'Université Laval, coll. « Américana », dir. Jean-François Côté, Québec, 2005, p. 198

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